Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation de Gfeller + Hellsgard par Dan Goldbronn.
Gfeller + Hellsgard un duo vitaminé
Gfeller + Hellsgard est un duo d’artistes franço-suédois pratiquant différentes activités à l’aide de la sérigraphie comme médium d’expérimentation. Ce duo vitaminé est né d’une rencontre entre Anna Hellsgård (1980, Stockholm) et Christian « Meeloo » Gfeller (1973, Haguenau) respectivement photographe et graphiste à cette époque. L’alchimie va rapidement fonctionner entre eux et ils vont s’installer ensemble pour créer un studio de sérigraphie. Ça va être le point de départ d’un travail riche et varié allant des livres d’artiste à la monographie, de l’installation à la peinture.
À l’opposé d’artistes comme Andy Warhol qui a utilisé la sérigraphie à grande échelle comme médium popularisant la production massive de l’art lui même, Gfeller + Hellsgard conçoivent chaque tirage comme unique. Ils cherchent à repousser les limites du médium et expérimenter sans cesse, ce que l’on remarque facilement dans leur travail qui joue avec des imperfections, décalages et autres imprévus qu’offre la sérigraphie. La sérigraphie est un médium accessible et ne demande pas une installation dernier cri pour produire des tirages de haute qualité: Gfeller + Hellsgard en est un exemple. En apercevant leur insoleuse dans une story instagram, j’ai compris que leur atelier est plutôt rudimentaire, en comparaison nous avons une Rolls Royce à l’école.
Leur travail est une source d’inspiration, d’expérimentation et je ne peux que vous conseiller de jeter un coup d’oeil sur leur instagram ou site web.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation de l’atelier Bootlegz par Mattias Gatta.
Il y a une quinzaine d’années, Chakir et Michel, imprimaient leurs premiers T-shirt dans une cave. Aujourd’hui, ces deux anciens DJ et graffeur ont créé le Bootlegz Lab et sont établis dans la capitale comme une friterie à Grand’Place.
Très orientés vers la culture urbaine, ils travaillent avec de nombreux artistes issus de milieux différents : rap, breakdance, graffiti… Ils tirent principalement leurs inspirations de ces milieux-là mais également de la pop culture et du tissu urbain même de la capitale pour concocter les meilleurs prints dans leur labo.
C’est notamment par le détournement qu’ils font leur promo et bien qu’ils travaillent également avec des machines automatisées, leur éthique de travail se rapproche de celle de l’artisanat voire même du laboratoire expérimental.
POURQUOI BOOTLEGZ
« Le mot bootlegz vient du temps de la prohibition d’Al Capone en Amérique où l’alcool était interdit. Ils fabriquaient l’alcool dans les caves et le vendaient de manière illégale, sous le manteau. On a commencé plus ou moins de la même manière sauf qu’on est pas des gros truands d’Al Capone. Mais on a commencé dans notre cave à faire des t-shirts, les imprimer, les vendre de manière « non officielle » : sur événement, sur stand, de main à main, on faisait des dépôts en magasin… “
POURQUOI LA SERIGRAPHIE
Pour pouvoir mettre mes graff sur mes t-shirts.
PARCOURS
J’ai tout étudié sauf la sérigraphie. J’étais en Sciences-Math, après j’ai commencé pas une année d’archi, puis j’ai fais dessin industriel à l’ECAM. Là j’étais bien, j’aurais pu continuer en ingénierie industrielle mais je l’ai pas fait.
J’habitais en face d’une grande imprimerie textile. Tous les jours, je passais devant et je demandais s’ils engageaient. Un jour, le patron me dit : « Mais euh tu sais faire ? ». Moi : « Beh non ». Il me répond « Beh alors c’est mort ». Donc je lui ai répondu : « Ok beh, si jamais vous savez que je suis là ! », « Ouais ouais ». A la fin, tout le monde me connaissait dans l’atelier ; je venais tous les jours.
Et après 2-3 semaines, ils avaient une énorme commande de 15 000 pièces, je passe donc à l’atelier et ils me demandent si je suis chaud de les aider. Je dois rester devant le four et plier toutes les pièces qui arrivent… j’ai accepté direct.
Une semaine après, le patron vient chez moi et il me dit : « Ecoute, il y a une commande que personne veux faire parce que c’est chaud, c’est 800 vestes et c’est assez technique ». « D’office que je le fais », j’ai accepté direct! J’ai fini la commande plus tôt que prévu et j’ai été engagé.
Après 2 mois, je me suis inscrit à un concours européen d’impression textile de Fruit of the loom au nom de la société et j’ai gagné. Le prix c’était du matos et une mise en avant de la société dans les magazines, les salons, etc…
Du coup, je suis allé chez le boss et lui ai dit : « Ecoute, je t’ai fait gagner, y a moyen d’avoir une petite augmentation? », je ne perds pas le nord! Et il me répond : « Ecoute, t’es nouveau, tu ne peux pas gagner plus que les autres ».
« Ok, par contre de temps en temps, je veux pouvoir imprimer mes trucs perso ». Et il m’a dit : « Tiens la clé, l’atelier c’est à toi! ». A partir de là, j’ai imprimé des centaines et des centaines de trucs pour tout le monde, j’ai commencé Bootlegz comme ça. J’avais mon atelier dans ma cave mais je faisais mes cadre là-bas. L’atelier était pour moi, 1000 t-shirts, 1 pote ou 2 et jusqu’à 4h du matin j’y allais exagéré!
Après un an, je suis devenu chef d’atelier. Après 7 ans plus ou moins, mon entreprise a racheté une autre avec tout le personnel. Du coup, il y avait trop de monde à gérer et puis ce n’est pas ça que j’aimais faire. Je suis parti et on a lancé notre truc à fond avec mon pote.
Aujourd’hui c’est une petite entreprise de 3 personnes, 5-6 max et ont fait tout nous-mêmes : le contact client, le commercial, les devis, le graphisme pour tout ce qui est appliqué à la sérigraphie donc Illustrator et Photoshop pour les logos, les retouches, la séparation des couleurs, etc.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation du collectif Chromodrome par Clara Hanras.
L’atelier Chromodrome est situé à Anderlecht au sein de la Microfactory, un atelier de « co-working mais pour les makers ».
Fondé en 2013, le collectif est composé de Vincent Bichelberger, fondateur de Chromodrome et éditeur chez Bichel Éditions, ainsi que de Sara Elalouf, illustratrice et brodeuse qui l’a rejoint plus tard en 2019.
Chromodrome propose principalement un service d’impression de sérigraphie artisanale mais aussi d’impression numérique, de découpe laser et de réalisation graphique. De plus, depuis février 2020, l’atelier s’est équipé d’une brodeuse à 6 têtes. Il est également possible de suivre une formation ou une initiation à la sérigraphie directement à la Microfactory.
Le collectif a pour axe une démarche entièrement artisanale et propose un service d’impression professionnel réalisé sur des machines mécaniques à la main. Pour eux, tout est possible tant que la surface à imprimer est plate, le tout est de mettre le projet en place et les résultats sont (presque) sans limites grâce à la diversité de leurs encres (à l’eau, métalliques, phosphorescentes etc) et de leurs supports (papier, textile, cuir, bois etc). Chromodrome peut aussi aider à la création du projet.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation du collectif Shlag Lab par Gabriel Chesnelong.
Shlag Lab est un atelier de sérigraphie artisanal basé à Vitry Sur Seine en banlieue parisienne. Le collectif crée et imprime son propre contenu sur toutes sortes de supports grâce à un atelier disposant de matériel pour la sérigraphie textile et sur papier. Il met à disposition de quoi s’auto éditer grâce à des imprimantes numériques et des outils permettant le façonnage de livres et fanzines.
On peut voir notamment sur leur boutique des affiches, des journaux, des pochettes de vinyles, des fanzines, des tote bags, des t-shirts, des écussons, des jeux de cartes etc. En passant de l’impression en quadrichromie à celle de bandanas ou de faïence par exemple, Shlag Lab explore la sérigraphie des manières les plus classiques aux plus extravagantes. Actuellement, le studio se développe également autour de la broderie, de la gravure et du tatouage.
Les Vitriots ont aussi beaucoup de collaborations et de nombreux artistes viennent imprimer chez eux. On peut citer Don Dada, Pablo Dallas, Quentin Gomzé, Cyrille Micallef, Fafa de begles, Chevalier perdu et bien d’autres !
Le nom est déjà évocateur de l’esprit de l’équipe, un « shlag » vient de l’argot parisien. C’est d’ailleurs leur façon de jouer avec la culture urbaine qui fait partie de leur originalité. On retrouve beaucoup de travaux inspirés par les thèmes de la rue, le monde du graffiti, la police, la drogue, le hooliganisme, la fraude dans le métro entre autres… Il semble que la sérigraphie soit pour eux une manière de réfléchir, de s’approprier certains thèmes et de s’affranchir de l’industrie tout en restant indépendant et en pouvant être humoristique.
On peut aussi voir le détournement d’imagerie classiques avec les timbres ici par exemple.
Cet atelier en plein développement préconise ainsi une indépendance des artistes, met en place du matériel pour ces derniers et développe une identité inimitable autour des sujets qui leur tiennent à coeur.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation de Amandine Wibaut sur les affches de mai 68.
cliquez sur l’image pour découvrir le travail en PDF
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation du collectif FrenchFourch par Evan Rochette.
Comment concilier local, underground et chaleur humaine, aujourd’hui je vous propose de rencontrer la FrenchFourch une structure d’édition sérigraphique parisienne.
Pouvez-vous me présenter FrenchFourch ? Combien êtes- vous ?
Frenchfourch est une structure d’édition particulièrement orienté vers la sérigraphie. Au départ un projet étudiant avec des potes sur internet, c’est devenu plus important lorsque j’ai eu accès à la sérigraphie comme medium de production et de recherche. Au fil du temps des rencontres et des projets je me suis retrouvé moniteur de l’atelier de sérigraphie de la HEAR de Strasbourg et j’ai pu lancer un gros projets d’affiche et d’expo a l’international. Tu pourras chercher des infos sur le projet Bastonnade*. Il y a quelques interviews en ligne avec pas mal d’info. Ensuite j’ai bossé dans un atelier d’art ce qui m’a vraiment confirmé l’idée de pouvoir continuer dans la lancé un bon moment sans trop m’ennuyer. Et après avoir rencontré quelques personnes très motivées on a monté notre lieu atelier galerie Paris Print Club et Galerie P38 puis la libraire Batt Coop.
* Projet Bastonnade
Le projet regroupe près d’une cinquantaine d’artistes de tout horizons regroupés au sein d’un projet collectif. Chaque artiste devra défendre son univers dans une arène fictive qui à terme, prendra la forme d’une édition.
Comment définissez-vous le rôle de votre atelier ?
Un lieu d’accueil pour l’édition d’art en sérigraphie. Parisien, local, slowlife, underground de fait géographique puisque nous somme en cave avec l’envie de montrer et défendre ce qui me fait vibrer. Mais heureusement que je cotoie d’autres techniques, la gravure, la risographie, la photo, la typographie, le graphisme et tous ces avis divers pour ne pas me scléroser. On est vraiment pas à l’abri de bonne surprise.
Pourquoi avoir choisi la sérigraphie à l’impression digitale ?
Pour la qualité du dépôt et la multiplicité des supports. Le spectre des possibles est vraiment riche. Et les contraintes de la technique apportent leur lots de suprises qui me plaît dans mon travail de recherche. Aussi précis que fulgurant, je navigue avec joie sur cette rivière de pigment.
Estampes en monotype.
Comment faite vous vivre votre atelier ?
Nous avons divers statuts, association, artiste, professeur, graphiste, etc… Ce qui permet de payer le loyer pour enchainer sur des projets absolument pas lucratifs mais tellement intenses. L’idée est d’arriver a l’équilibre pour pouvoir continuer à s’exprimer librement. Je rencontre beaucoup d’artistes et je les invitent à se plonger dans la technique en essayant d’être le plus ampatique et pédagogique possible. Ca ne me coûte absolument pas, j’adore ça. Je complète ces phases d’acceuil par des recherches personnelles pour des expo ou des livres. Pour ensuite pouvoir aussi proposer de nouvelles astuces a mes invité.es.
Affiches du pete_the_monkey festival par mamamaparis, charlesderoyan, sabourin maxime et pablo_grand_mourcel.
Quels sont les prochains projets et objectifs de votre atelier ?
Et bah recommencer d’imprimer pardi ! Il me brûle d’imprimer le faire part de naissance de ma deuxième fille. Cette fois c’est moi qui dessine. Ça va être folie. Et puis je lance une nouvelle série de petit posters. Il y aura aussi le lancement de trois projets plus jeunesse. Dont le dernier de ma copine. On devait le lancer avant le confinement. Mais bon tu connais.
Sérigraphie motifs géométriques.
À quoi ressemble une journée au sein de FrenchFourch ?
Je vais à l’atelier, et je commence par faire un câlin a chaque personne présente. Artistes, artisans, invité.es, stagiaires. On est parfois une vingtaine. Ça fait déjà beaucoup d’amour pour bien commencer la journée. Ensuite je bois un café si il est fait sinon j’en lance un que j’oublierai de boire mais ca fera le bonheur d’un ou d’une autre sans aucun doute et très très vite. Sur mon trajet de banlieue j’ai eu le temps de répondre aux mails. Et là je peux envoyer quelques devis ou pistes d’impressions. Et puis je me lance. Parfois c’est direct sur presse, des fois je dessine, des fois c’est sur l’ordi. Souvent c’est des allers retours entre tous les médiums.
Il faut prévoir les workshops et lancer la com pour les incriptions. Mettre à jour les réseaux sociaux et shooter les dernières prods. Mettre le site à jour. Dessiner. Relancer les artistes sur les différents projets en cours.
En début de semaine je clean l’atelier. Et en fin de semaine j’envoie les commandes. Même si la plupart passent par Batt Coop. Entre les deux j’essaye de bosser avec des gens inspirants. Parfois ca me rapporte des sous parfois ça me rapporte ce qu’il faut d’explosion de motivation sous couvert de collaboration avec des copains. J’essaye en ce moment de dégager du temps pour des projets plus introspectifs. Moins collaboratif même si je n’y arrive pas du tout. Même en confinement c’est dire.»
María Inés OG « Hey, man, am I driving ok? » projet produit lors d’un workshop de la FrenchFourch.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation du collectif Vaderetro par William Thomy.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation du collectif La Rage par Juliane Remy.
La Rage est un collectif féministe bénévole né en 2015.
L’idée de La Rage était de rassembler des affiches féministes et lesbiennes, faites par des femmes, des homosexuelles et des personnes trans du monde entier pour se les réapproprier, grâce à la sérigraphie pour la plupart, afin de donner plus de visibilité aux combats de ces minorités. Pour La Rage, les affiches sont l’outil de lutte féministe idéal. A la fois historique et contemporain, il permet de s’approprier l’espace publique et d’y véhiculer des messages. Les affiches collectées sont toutes sur le site du collectif (larage.org) afin d’être visible par tou.te.s. Mais le collectif organise surtout des ateliers de création d’affiches en sérigraphie ouverts aux femmes, aux lesbiennes et aux personnes transsexuelles, où créativité, diversité culturelle et liberté de partage sont les maîtres-mots.
Interview avec Cecile, cofondatrice de La Rage
29/04/2020
Comment a débuté La Rage ?
Tout a débuté à Nantes en 2015. Nous sommes trois : Billy, sérigraphe, Hélène, graphiste, et moi [Cécile], urbaniste. A l’époque, on était toutes déjà copines et militantes, on se voyait dans les mêmes groupes et évènements. Nous avons alors eu une idée : rassembler des affiches d’archive, les retravailler pour se les réapproprier et les resérigraphier. On ne voulait pas se cantonner seulement à la France mais mettre en avant les luttes actuelles du monde entier. En plus, avec les professions de Billy et Hélène, nous avions déjà un lien avec la sérigraphie et la communication visuelle. En premier lieu, nous avons créé le site internet. Tout d’abord, pour pouvoir contacter des créatifs et s’accorder avec eux quant à la diffusion et reproduction de leur travail, et ensuite, pour poster les œuvres. Cette collecte a demandé beaucoup de recherche. En novembre 2015, on a exposé tout ce travail au 6b, un lieu de création et de diffusion à Saint-Denis (93). L’exposition a duré deux-trois semaines et c’est là que nous avons fait nos premiers ateliers créatifs.
Comment le collectif s’est-il fait connaître ?
En 2015 également, nous sommes allées à Paris. Pour moi, c’était plutôt un retour dans la capitale car j’y avais déjà vécu. J’avais donc déjà un bon réseau là-bas tout comme Hélène et Billy. Ça nous a aidé. Et puis, on avait créé la page Facebook du collectif, elle fonctionnait déjà bien. C’est là où on poste le plus de choses, comme les évènements qu’on organise (eux aussi nous ont aidées à nous faire connaître) et les affiches créées pendant les ateliers. Et enfin, ce sont ces ateliers de création et le bouche-à-oreille qui en découle qui ont permis à La Rage de grandir. Je pense que le fait que ce soit dans le partage et la liberté de parole a beaucoup joué. Dès les premiers ateliers, tout le monde se sentait bien et à l’aise au fur et à mesure de nos échanges.
Justement, comment se déroule un atelier ?
Le plus commun, c’est de faire une journée entière avec un groupe de 6-7 femmes et personnes trans, rarement plus. On a remarqué que c’est beaucoup plus facile de discuter avec des groupes réduits, sinon tout le monde n’ose pas forcément parler. Le matin, on commence par échanger donc. Ce dialogue permet de trouver des sujets à aborder. A ce moment-là, Hélène, Billy et moi sommes surtout une écoute pour les participant.e.s. Au bout d’un moment, des thèmes émergent. On réfléchit alors aux messages et aux slogans adaptés. Ensuite vient la question graphique. Pour ce type de groupe, on crée la plupart du temps une ou deux affiches collectives à imprimer. Le plus souvent, on est dehors. Du coup, on n’utilise pas de produits pour sérigraphier. On découpe comme un pochoir dans du papier. Et enfin, on passe l’encre dessus. On utilise un (pour les dégradés) ou deux écrans (pour la bichromie). Vers quinze heures, on imprime. Les participant.e.s peuvent à la fin repartir avec leurs affiches. Parfois, c’est ouvert à tous, un peu comme une boutique où d’autres personnes peuvent également venir acheter les affiches.
Où les ateliers ont-ils lieu ?
Dans toute la France, surtout en Ile-de-France. Nous sommes aussi déjà allées en Belgique et au Luxembourg.
Comment ça se passe au niveau financier ?
Nous avons toutes un boulot à côté. Le mien n’a rien à voir avec le monde de la sérigraphie et de la communication pour le coup. Mais grâce à ça, on n’a pas trop à se soucier de la charge financière et on a pu rester en grande partie bénévoles. En général, il y a un prix libre. C’est pour amortir les frais de matériel. Sinon, on organise aussi parfois des ateliers avec des écoles ou des médiathèques. A ce moment-là, c’est payant.
Avez-vous déjà rencontré des problèmes ou des moments difficiles depuis cinq ans ?
Honnêtement non. Comme on est souples et qu’on s’entend très bien depuis longtemps, ça nous permet de ne pas nous mettre trop de pression. On choisit ce qu’on a envie de faire ou pas. On n’accepte que les projets qui nous plaisent vraiment. Et puis, on n’a pas toujours le temps, étant donné qu’on fait d’autres choses à côté. Alors on peut mettre La Rage sur pause pendant parfois plusieurs mois, et ce n’est pas grave !
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation de Oficina Loba par Loïc Ralet.
Cette année (2020) j’ai demandé aux étudiants de présenter le travail d’un·e artiste qui emploie la sérigraphie. Voici la présentation de Rose par Marine Phouthavy.
Qui est-elle ?
Rose s’est faite piquée par le moustique de la sérigraphie lors d’un workshop à l’université en France, elle décide de venir à Bruxelles pour continuer à développer sa créativité au 75 avant de quitter cette école pour rejoindre finale-ment les Beaux-arts de Bruxelles. Son art engagé et percutant retient l’attention de quiconque pose son regard sur ses affiches qu’elle colle à la volée dans les rues et les métros de Bruxelles. L’indignation est bien plus qu’une opinion ou qu’un ressenti chez Rose, c’est aussi son moteur de création.
Elle fait partie de cette génération d’artiste qui n’hésitent pas à poser leur doigt là où ça fait mal et qui nous font réagir face aux injustices du monde moderne que ce soit la déforestation, le racisme, les guerres ou le patriarcat. Là où il y a un combat à mener pour l’humain, Rose se sert de son art pour le faire connaître ! Je me suis entretenue avec elle ce 8 mai chez son petit-ami Victor, lui aussi étudiant sérigraphe aux Beaux-arts de Bruxelles.
Exemples d’affiches engagées de Rose.
L’entretien
Salut Rose ! Comment définirais-tu ton travail sérigraphique ?
Engagé, engagé niveau militantisme, niveau humain, je m’indigne, j’aime m’indigner. Dès qu’il y a quelque chose que je veux dire je le dessine, je me défoule sur le papier. Mon travail c’est mon exutoire en gros. Tout ce qui grouille tu le mets dans ton taff, tu te vides. En plus ce qui est génial avec la sérigraphie c’est cette possibilité de faire plusieurs exemplaires du coup tu diffuses beaucoup mieux, d’un coup tu as plusieurs voix, c’est comme un super mégaphone ! Mais bon, je dirais quand même que mon travail comporte 2 facettes : y a la facette que je fais à chaud, je fais les choses cash, je crée du brut de décoffrage. Dans cette facette là je suis plus percutante voir un peu bornée (rires), je crée et dis les choses comme elles me viennent. Puis il y a la facette où je suis à l’aca (Académie des Beaux-arts de Bruxelles) où la je réflechis un peu plus à l’esthétique de l’affiche, je me calme, je suis moins énervée, je cherche à faire passer des messages de manière plus… Douce et réfléchie, mon travail est moins «abrupt». Je pense que ce côté plus «délicat» peut amener les gens à regarder plus facilement mes affiches, s’ils voient direct une affiche «FUCK EVERYTHING» ouais, ils vont être moins enclin à regarder, ils vont se sentir agressés quoi (rires) ! Mais au fond quand je travail je le fais dans un premier temps pour moi puis j’espère que les autres vont s’indigner avec moi. Je colle des affiches dans la rue et le métro à Bruxelles, là j’essaie aussi de faire passer les messages plus «délicatement» pour pas que mes affiches se fassent arraché directement. Par exemple la dernière fois avec une amie et Victor on est allés coller des affiches dans le métro, ma pote c’était sur le féminisme, Victor c’était des créatures hybrides mythologiques et moi c’était sur la situation en Syrie. C’était super car on les as collées côte à côte et du coup les gens étaient direct intrigués et les messages sont bien passés, le regard des gens voyageait sur les affiches, elles ont pas été arrachées, ça fait plaisir de voir ça. En fait quand je dois définir mon travail j’aime bien dire Mai 68 des temps modernes (rires), je sérigraphie pour l’indignation commune, je fais passer des messages qui je l’espère permettront aux gens de libérer la parole ou au moins de faire réfléchir quand on croise une de mes affiches.
Les 2 facettes du travail de Rose : l’esthétique et le percutant.
Dans ta manière de préparer les images, est-ce que c’est tout préparé et cadré à l’avance ou est-ce qu’il y a une part de réflexion pendant le tirage. Y a-t-il place à l’improvisation ?
Oui, totalement, je laisse place à l’improvisation ! Comme je l’ai dis avant ce qui est génial en sérigraphie c’est que tu peux imprimer la même image à l’infini dans le principe. Ce que je fais souvent c’est que je reviens redessiner par dessus mes tirages après coup, l’image n’est pas forcément terminée une fois qu’elle est imprimée, je reviens la moduler et ajouter ou enlever des choses, c’est malléable, c’est génial !
Du coup je dirais pas que je viens réfléchir sur l’affiche pendant l’impression mais plutôt après coup. Et puis des fois on imprime en se disant que ça va être top mais en fait on arrête au bout de deux passages (rires) c’est ça la sérigraphie !
J’ai cru comprendre que tu avais toi-même ta petite station de sérigraphie chez toi, et que Victor à son carrousel pour l’impression textile dans le salon aussi, comment as-tu trouvé ce matos et comment l’as-tu installé ?
Alors oui, moi j’ai juste une station papier, c’est vraiment juste une bête table rafistolée avec une latte de bois et des charnières comme la porte d’entrée là ! C’est que de la récup’ franchement c’est tout bête mais ça fait le taff (rires). J’ai aussi une station d’insolation avec un halogène de chantier que j’ai acheté et un cadre de table en fer avec une plaque de plexiglas à la place de la planche de bois sur laquelle on mangerait d’habitude, j’ai trouvé ça dans la rue aussi !
Et toi Victor ?
Ce carrousel je l’ai acheté genre 280€ et des poussières, c’est vraiment de l’entrée de gamme, avant j’avais une autre station mais avec une tête unique, je pouvais faire que un passage si-non c’était une horreur pour les calages, là maintenant j’ai plu-sieurs têtes et elles tournent, c’est vraiment top, j’ai fixé tout ça à ma table en bois et hop ! On peut imprimer !
Schéma de la station papier de Rose.Le carrousel de Victor
Du coup Rose, comment le fait d’avoir ton propre petit atelier de sérigraphie chez toi à changé ta manière de travailler ?
LIBERTÉÉÉÉÉÉÉÉ ! Quand j’ai quitté le 75 (école d’art Bruxelloise) où je faisais de la sérigraphie, je me suis mis en tête que j’allais avoir mon propre atelier. Du coup j’ai bossé, j’ai économisé pour m’acheter des cadres, des encres etc et j’ai ouvert ma petite station ! Ça a changé ma vie. C’est tellement cool de te lever le matin et de te dire «Tiens j’ai envie d’imprimer là tout de suite» et tu peux le faire, c’est tellement libérateur !
T’es plus dépendant d’une structure ou d’une école, j’ai l’impression parfois d’être une petite artiste clandestine qui imprime ses affiches d’indignation dans son atelier, comme à la résistance (rires). De toute façon mon prof dit toujours que le plus important pour un artiste c’est d’avoir son atelier, et je pense qu’on est tous d’accord sur ce point-là.
As-tu des techniques préférées en sérigraphie ? Des supports imprimables avec lesquels tu aimes travailler par exemple ?
Là quand j’y réflechis j’aime beaucoup imprimer sur du verre, la transparence donne une nouvelle dimension à ton impression, tu peux vraiment jouer avec ça c’est top. Là cette année à l’Aca on nous as demandé de créer des vitraux en sérigraphie, j’ai choisi de m’inspirer des gros bâtiments en URSS qui sont de gros blocs pleins de vitres bien massifs, j’ai décidé de mettre plein de gens dans des petits vitraux en blocs, j’ai dessiné les corps finement à l’encre de chine, la sérigraphie permet ce genre de petits détails tout fins, c’est pas quelque chose que tu peux avoir dans n’importe quelle technique d’impression d’images. Façon avec la sérigraphie tu peux imprimer sur tout : papier, textile, tôle, verre et même sur les avions, leurs logos c’est de la sérigraphie ! Bon c’est pas les mêmes encres que le papier évidemment (rires) mais c’est de la sérigraphie ! Tu peux vraiment tout faire c’est fou. J’aime bien aussi faire mes typons à la main, c’est le bordel, c’est mal calé mais j’adore ça, j’apprécie vraiment l’erreur du fait main, et t’es vraiment plus proche de la matière, tu la perçois mieux et donc tu la travailles mieux. Genre les feutres usés, la texture se voit beaucoup mieux quand c’est à la main plutôt qu’à l’ordi je trouve. J’adore la sensibilité et la spontanéité du fait main, faut laisser place à l’erreur dans la création !
Quelles sont tes inspirations en sérigraphie ou artistiquement en général ?
Tomi Ungerer, c’est bateau mais c’est vrai (rires) son taff est gé-nial, c’est super engagé et impactant, tout ce que j’aime. Sinon j’avoue que là j’arrive pas à te sortir d’autres noms, en plus j’suis sûre que ça me reviendra sûrement quand tu seras repartie à tout les coups, désolée (rires) !
«EAT» de Tomi Ungerer. 1967.
As-tu des projets futurs ? Des choses que tu aimerais faire plus tard ?
Un énooorme vitrail, taille humaine quoi ! Sinon y a pas mal de résidences d’artistes qui font des appels à projets , j’aimerais bien y participer, découvrir des choses, des copains artistes et mener à bien mes projets. La sérigraphie ça peut coûter rien comme ça peut coûter cher, si tu choisis d’imprimer sur de la tôle par exemple, ça va te coûter une blinde direct ! Les résidences d’artistes elles t’offrent cette opportunité de faire naître tes idées que t’aurais pas pu financer sans elles, c’est top.
Ce serait vraiment le rêve, t’es payé pour créer et tu rencontres pleins de gens super cool. Y a de super bonnes résidences en France, dans la campagne, tu bosses puis tu vas te promener dans les champs avec le chant des oiseaux (rires), ouais je dirais que c’est un de mes projets pour l’instant, intégrer une résidence d’artistes… Et puis aussi faire des discours engagés à l’ONU (rires) !
Typons pour un projet sur le confinement qui sera imprimé sur du verre.
Pour terminer sur une note rigolote, dis moi quelle est ta bière préférée !
Aaaah euuuuh, la Joy Jungle ! Non ! La Zinnebir ! Ouais la Zinne-bir c’est vraiment trop bon, mais j’en trouve nul part avec le confinement (rires) !
Je remercie chaleureusement Rose, Victor et Max de m’avoir accueilli chez eux le temps d’une après-midi pour ce petit entretien autour d’une jupiler ! J’espère que cet article vous aura donné envie d’aller suivre le travail de rose ( @junk_whisky sur Instagram), n’hésitez pas à lâcher un follow et merci de m’avoir lu ! Marine Phouthavy.